24/11/2025
Chirurgie assistée par NeuroSAFE : un levier pour préserver continence et fonction érectile après prostatectomie ?
Urologie-néphrologie Oncologie
Par Lila Rouland | Publié le 24 novembre 2025 | 3 min de lecture
La prostatectomie radicale (RP) reste un traitement clé pour les hommes atteints de cancer localisé de la prostate. Cependant, elle est associée à deux effets secondaires majeurs : l’incontinence urinaire et la dysfonction érectile, qui affectent fortement la qualité de vie postopératoire. La préservation des nerfs érectiles, via la technique nerve-sparing (NS), permet de limiter ces séquelles, mais elle expose à un risque accru de marges chirurgicales positives, surtout en cas d’extension extra-prostatique.
La technique NeuroSAFE (Neurovascular Structure-Adjacent Frozen Section Examination) permet une évaluation peropératoire des marges proches des faisceaux neurovasculaires. Elle vise à augmenter le recours au NS sans compromettre la sécurité oncologique. L’étude néerlandaise présentée ici évalue, sur plus de 1000 patients, les résultats fonctionnels de continence et de fonction érectile après introduction systématique de la technique NeuroSAFE dans un centre de haute expertise chirurgicale.
Cohorte et méthode d’analyse
L’étude a inclus 1034 hommes ayant subi une prostatectomie robot-assistée entre septembre 2018 et février 2021. Parmi eux, 987 (95,5 %) ont bénéficié de la technique NeuroSAFE. Les résultats de continence et de fonction érectile (EF) ont été collectés via des questionnaires validés (EPIC-26, ICIQ-UI SF, IIEF-5) préopératoires et à 6 mois, 1 an, puis annuellement après la chirurgie.
Préservation nerveuse accrue et bons taux de continence
La majorité des patients a bénéficié d’une chirurgie nerve-sparing : 55 % bilatérale et 30 % unilatérale, contre 15 % sans NS. Parmi les hommes sans incontinence préopératoire, 92 % rapportaient l’utilisation de 0 à 1 protection/jour à 1 an, et 94 % à 2 ans. Ces taux montaient à 96 % pour les patients ayant eu une chirurgie NS, contre seulement 78 % pour ceux sans NS à 2 ans.
Fonction érectile : amélioration partielle mais significative
Parmi les patients ayant une bonne fonction érectile préopératoire, 45 % présentaient encore une fonction érectile bonne ou intermédiaire 2 ans après RP. La récupération de l’EF était directement corrélée au type de NS : 49 % dans le groupe NS bilatéral, contre 15 % dans le groupe sans NS. En termes qualitatifs, seuls 20 à 28 % des hommes retrouvaient des érections jugées suffisantes pour des rapports sexuels, selon le type de questionnaire utilisé (EPIC-26 ou IIEF-5).
Limites et biais potentiels
La participation aux questionnaires était limitée (60 % pour l’EF, 63 % pour la continence), ce qui introduit un biais de sélection possible. L’absence de groupe contrôle sans NeuroSAFE ne permet pas une comparaison directe, bien que les résultats soient supérieurs aux données nationales néerlandaises. Par ailleurs, la population de l’étude était plus âgée (âge médian : 68 ans) que dans d'autres cohortes comparatives.
Cette large étude prospective démontre que l’introduction de la technique NeuroSAFE en chirurgie robotique de la prostate améliore significativement les taux de préservation nerveuse, avec des résultats cliniquement pertinents sur la continence urinaire et la fonction érectile à moyen terme.
Les résultats montrent que la récupération de la continence atteint 94 % à 2 ans, et qu’environ un patient sur deux conserve une fonction érectile satisfaisante après chirurgie NS, en particulier bilatérale. Ces données soutiennent une intégration plus systématique de la technique NeuroSAFE dans les centres pratiquant la RP, à condition de disposer d’une structure de pathologie rapide et d’une équipe chirurgicale expérimentée.
Des études supplémentaires, idéalement comparatives et multicentriques, permettront de mieux quantifier l’impact direct du NeuroSAFE sur les résultats fonctionnels et oncologiques, tout en explorant son coût-efficacité dans la prise en charge standard du cancer de la prostate.
À propos de l'auteure – Lila Rouland
Docteure en cancérologie, spécialisée en biotechnologies et marketing
Forte d’une double compétence scientifique et marketing, Lila met son expertise au service de l’innovation en santé. Après 5 années en recherche académique internationale, elle s’est tournée vers l’information médicale et scientifique en industrie pharmaceutique. Aujourd’hui rédactrice-conceptrice, elle s’attache à valoriser les savoirs scientifiques et à les transmettre avec clarté et pertinence aux professionnels de santé.
La prostatectomie radicale (RP) reste un traitement clé pour les hommes atteints de cancer localisé de la prostate. Cependant, elle est associée à deux effets secondaires majeurs : l’incontinence urinaire et la dysfonction érectile, qui affectent fortement la qualité de vie postopératoire. La préservation des nerfs érectiles, via la technique nerve-sparing (NS), permet de limiter ces séquelles, mais elle expose à un risque accru de marges chirurgicales positives, surtout en cas d’extension extra-prostatique.
La technique NeuroSAFE (Neurovascular Structure-Adjacent Frozen Section Examination) permet une évaluation peropératoire des marges proches des faisceaux neurovasculaires. Elle vise à augmenter le recours au NS sans compromettre la sécurité oncologique. L’étude néerlandaise présentée ici évalue, sur plus de 1000 patients, les résultats fonctionnels de continence et de fonction érectile après introduction systématique de la technique NeuroSAFE dans un centre de haute expertise chirurgicale.
Une meilleure récupération fonctionnelle grâce au NeuroSAFE ?
Cohorte et méthode d’analyse
L’étude a inclus 1034 hommes ayant subi une prostatectomie robot-assistée entre septembre 2018 et février 2021. Parmi eux, 987 (95,5 %) ont bénéficié de la technique NeuroSAFE. Les résultats de continence et de fonction érectile (EF) ont été collectés via des questionnaires validés (EPIC-26, ICIQ-UI SF, IIEF-5) préopératoires et à 6 mois, 1 an, puis annuellement après la chirurgie.
Préservation nerveuse accrue et bons taux de continence
La majorité des patients a bénéficié d’une chirurgie nerve-sparing : 55 % bilatérale et 30 % unilatérale, contre 15 % sans NS. Parmi les hommes sans incontinence préopératoire, 92 % rapportaient l’utilisation de 0 à 1 protection/jour à 1 an, et 94 % à 2 ans. Ces taux montaient à 96 % pour les patients ayant eu une chirurgie NS, contre seulement 78 % pour ceux sans NS à 2 ans.
Fonction érectile : amélioration partielle mais significative
Parmi les patients ayant une bonne fonction érectile préopératoire, 45 % présentaient encore une fonction érectile bonne ou intermédiaire 2 ans après RP. La récupération de l’EF était directement corrélée au type de NS : 49 % dans le groupe NS bilatéral, contre 15 % dans le groupe sans NS. En termes qualitatifs, seuls 20 à 28 % des hommes retrouvaient des érections jugées suffisantes pour des rapports sexuels, selon le type de questionnaire utilisé (EPIC-26 ou IIEF-5).
Limites et biais potentiels
La participation aux questionnaires était limitée (60 % pour l’EF, 63 % pour la continence), ce qui introduit un biais de sélection possible. L’absence de groupe contrôle sans NeuroSAFE ne permet pas une comparaison directe, bien que les résultats soient supérieurs aux données nationales néerlandaises. Par ailleurs, la population de l’étude était plus âgée (âge médian : 68 ans) que dans d'autres cohortes comparatives.
Vers une adoption plus large du NeuroSAFE ?
Cette large étude prospective démontre que l’introduction de la technique NeuroSAFE en chirurgie robotique de la prostate améliore significativement les taux de préservation nerveuse, avec des résultats cliniquement pertinents sur la continence urinaire et la fonction érectile à moyen terme.
Les résultats montrent que la récupération de la continence atteint 94 % à 2 ans, et qu’environ un patient sur deux conserve une fonction érectile satisfaisante après chirurgie NS, en particulier bilatérale. Ces données soutiennent une intégration plus systématique de la technique NeuroSAFE dans les centres pratiquant la RP, à condition de disposer d’une structure de pathologie rapide et d’une équipe chirurgicale expérimentée.
Des études supplémentaires, idéalement comparatives et multicentriques, permettront de mieux quantifier l’impact direct du NeuroSAFE sur les résultats fonctionnels et oncologiques, tout en explorant son coût-efficacité dans la prise en charge standard du cancer de la prostate.
À lire également : Prostatectomie ou radiothérapie SBRT : quel traitement préservera mieux la qualité de vie ?
À propos de l'auteure – Lila Rouland
Docteure en cancérologie, spécialisée en biotechnologies et marketing
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