18/03/2026
Les aliments ultra-transformés dans le viseur des chercheurs pour leurs effets sur les os
Médecine Générale
La fragilité osseuse constitue un enjeu majeur de santé publique. Elle se manifeste notamment par une diminution de la densité minérale osseuse (DMO), facteur clé dans l’apparition de fractures, en particulier celles de la hanche, qui sont associées à une morbidité et une mortalité importantes chez les adultes. L’ostéoporose et les fractures ostéoporotiques sont le résultat d’un déséquilibre entre formation et résorption osseuse, influencé par l’âge, l’activité physique, la génétique mais aussi l’alimentation.
Dans ce contexte, l’attention des chercheurs s’est récemment portée sur les aliments ultra-transformés (AUT). Des yaourts aromatisés aux pizzas surgelées, en passant par les céréales du petit-déjeuner ou les flocons d’avoine instantanés, ces produits industriels sont riches en sel, en édulcorants et en graisses saturées. Ils sont généralement très caloriques et contiennent peu d’aliments complets. Aux États-Unis, ils représentaient environ 55 % de l’apport calorique total des jeunes et des adultes en 2023, selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC). Leur consommation excessive a déjà été associée au diabète, aux maladies cardiovasculaires et à certains cancers.
Une étude menée par des chercheurs de l’université de Tulane et publiée le 6 mars dans la revue scientifique British Journal of Nutrition s’est intéressée au lien potentiel entre la consommation d’aliments ultra-transformés et la santé osseuse chez l’humain.
« Notre cohorte d’étude a été suivie pendant plus de 12 ans, et nous avons constaté qu’une forte consommation d’aliments ultra-transformés était associée à une diminution de la densité minérale osseuse à plusieurs endroits, notamment au niveau du fémur proximal et de la région lombaire », explique dans un communiqué de presse, Lu Qi, co-auteur principal de l’étude et professeur à l’École de santé publique et de médecine tropicale Celia Scott Weatherhead de l’université Tulane.
Selon lui, « bien que des études récentes aient montré que la consommation d’aliments ultra-transformés pouvait affecter la santé osseuse, c’est la première fois que cette relation est étudiée directement chez l’humain ».
Plus la consommation augmente, plus le risque de fracture progresse
Les chercheurs ont analysé les données de plus de 160 000 participants issus de la base de données UK Biobank. Les habitudes alimentaires ont été évaluées afin d’estimer la quantité d’aliments ultra-transformés consommée quotidiennement.
En moyenne, les participants déclaraient consommer environ huit portions d’AUT par jour. Les chercheurs ont ensuite examiné l’association entre cette consommation, la densité minérale osseuse mesurée à différents sites du squelette et la survenue de fractures de la hanche.
Les participants ont été suivis pendant plus de douze ans, ce qui a permis d’évaluer les effets à long terme de ces habitudes alimentaires.
Des effets plus marqués chez certains profils
Les analyses montrent qu’une consommation plus élevée d’aliments ultra-transformés est associée à une densité minérale osseuse plus faible. Cette association concerne notamment le fémur proximal et la région lombaire, deux sites particulièrement pertinents pour l’évaluation du risque fracturaire.
Les résultats indiquent également une augmentation du risque de fracture de la hanche avec l’augmentation de la consommation d’AUT. Pour chaque tranche supplémentaire de 3,7 portions quotidiennes, soit approximativement un plat préparé surgelé, un biscuit et un soda, le risque de fracture de la hanche augmente de 10,5 %.
L’association apparaît plus marquée chez les personnes de moins de 65 ans et chez celles présentant un indice de masse corporelle inférieur à 18,5. Un IMC faible constitue déjà un facteur de risque pour la santé osseuse et pourrait amplifier l’effet négatif des aliments ultra-transformés. Les auteurs suggèrent également qu’une digestion plus efficace chez les individus plus jeunes pourrait favoriser l’absorption de certains composants potentiellement délétères.
Des résultats cohérents avec la littérature
Ces observations s’inscrivent dans un corpus de travaux croissant sur les effets métaboliques des aliments ultra-transformés. Une étude publiée en 2024 avait déjà établi un lien entre leur consommation élevée et un risque accru d’ostéoporose. Par ailleurs, une étude menée en 2016 chez des femmes enceintes et leurs enfants avait montré qu’une plus grande proximité avec des restaurants de restauration rapide était associée à une diminution de la densité minérale osseuse chez les nourrissons.
« Nos résultats ne sont pas surprenants », souligne Lu Qi. « Les aliments ultra-transformés sont régulièrement associés à divers troubles nutritionnels, et la santé osseuse dépend d’une alimentation adéquate. »
Vers une nouvelle piste pour protéger la santé osseuse ?
Cette étude apporte ainsi de nouvelles données suggérant qu’une consommation élevée d’aliments ultra-transformés pourrait constituer un facteur de risque modifiable pour la santé osseuse. Bien que les mécanismes biologiques précis restent à clarifier, la faible qualité nutritionnelle de ces produits (combinée à leur richesse en additifs, sel et graisses saturées) pourrait jouer un rôle dans la diminution de la densité osseuse.
Ces résultats invitent à approfondir les recherches afin de mieux comprendre les mécanismes impliqués et d’évaluer l’impact potentiel de politiques nutritionnelles visant à réduire la consommation d’aliments ultra-transformés. Dans un contexte où ces produits occupent une place croissante dans l’alimentation moderne, leur rôle dans la santé osseuse pourrait devenir un nouvel enjeu pour la prévention des fractures et de l’ostéoporose.
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À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.
Source(s) :
Hu H, Huang H, Cai L, Qi L, Zhou T. Associations of ultra‑processed food intake with bone mineral density and fractures in the UK Biobank. Br J Nutr. 2026. doi:10.1017/S0007114526106710 ;
Tulane University. Eating more ultra‑processed foods linked to poorer bone health, study finds. EurekAlert! – AAAS. 2026 Mar 11. ;
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