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26/03/2026

Diagnostiquer une infection en soufflant : la promesse des tests respiratoires

Pneumologie

Par Elodie Vaz | Publié le 26 mars 2026 | 4 min de lecture

Les maladies infectieuses demeurent l’une des principales causes de mortalité à l’échelle mondiale. Dans ce contexte, l’identification rapide des infections bactériennes représente un enjeu critique, d’autant plus que la montée de l’antibiorésistance impose des décisions thérapeutiques précoces et ciblées. Pourtant, les outils actuels (analyses sanguines, imagerie, cultures microbiologiques ou diagnostics moléculaires) restent limités par leur lenteur, leur coût ou leur manque de spécificité.




Vers un diagnostic non invasif et immédiat





Une étude publiée le 18 mars dans ACS Central Science propose une alternative innovante : le recours à des tests respiratoires capables de détecter une infection bactérienne en quelques minutes. L’objectif est de transposer et d’élargir le principe déjà utilisé pour diagnostiquer Helicobacter pylori, en l’adaptant à un spectre plus large d’agents pathogènes.


Comme l’explique dans un communiqué de presse le professeur David Wilson, co-auteur de l’étude : « lors de la conception de cette étude, nous avons été motivés par une tendance émergente dans la pratique clinique : les patients et les professionnels de santé souhaitent obtenir rapidement des réponses qui éclaireront les décisions thérapeutiques ». Il ajoute que « si un patient se présente aux urgences ou en consultation de soins aigus, nous espérons qu’un diagnostic d’infection bactérienne aiguë pourra lui être posé le plus rapidement possible. »




Une approche métabolique basée sur le carbone 13






Les chercheurs ont développé un prototype reposant sur l’administration de substrats marqués au carbone 13, notamment des sucres et des polyols. Ces composés présentent une propriété clé : ils sont métabolisés par les bactéries mais largement ignorés par les cellules humaines.

Après administration, les bactéries transforment ces substrats en dioxyde de carbone marqué, détectable dans l’air expiré. Les chercheurs ont identifié en laboratoire plusieurs composés capables de générer ce signal. Celui-ci est ensuite mesuré à l’aide d’une spectroscopie infrarouge non dispersive, une technique simple et potentiellement compatible avec des dispositifs portables.



Des résultats rapides et discriminants chez l’animal





Les expérimentations menées chez la souris montrent des résultats prometteurs. Chez des animaux atteints de pneumonie ou d’infections du sang, des muscles ou des os, l’administration des composés marqués entraîne une augmentation rapide du dioxyde de carbone marqué dans l’haleine. Ce signal apparaît généralement dans les dix premières minutes suivant l’injection.

À l’inverse, les souris saines présentent des niveaux très faibles, voire inexistants, de carbone 13 dans l’air expiré. Cette différence nette suggère une bonne capacité de discrimination entre états infectieux et non infectieux.

L’étude met également en évidence un potentiel de suivi thérapeutique. Dans un modèle d’infection à Escherichia coli, la quantité de dioxyde de carbone marqué diminue au cours du traitement antibiotique, parallèlement à la réduction de la charge bactérienne.




Une technologie aux multiples applications cliniques




Au-delà de la rapidité du diagnostic, cette approche présente plusieurs avantages : elle est non invasive, repose sur des composés considérés comme sûrs et pourrait être déployée via des dispositifs portables. Ces caractéristiques en font un candidat sérieux pour une utilisation en médecine d’urgence ou en soins ambulatoires.

Si le protocole reste à optimiser et que les résultats doivent être confirmés chez l’humain, cette preuve de concept suggère une évolution majeure dans la prise en charge des infections bactériennes.




Une nouvelle ère pour le diagnostic des infections ?





En permettant une détection quasi immédiate et potentiellement un suivi en temps réel de l’efficacité des traitements, les tests respiratoires pourraient transformer la pratique clinique. Ils offriraient une réponse concrète au besoin croissant de diagnostics rapides dans un contexte d’antibiorésistance.

À terme, cette technologie pourrait s’intégrer dans une médecine plus réactive et personnalisée, où un simple souffle suffirait à orienter une décision thérapeutique. Une perspective qui, si elle se confirme, redéfinirait en profondeur les stratégies de diagnostic des maladies infectieuses.




                          À lire également : 
Allergies et infections respiratoires : vers un vaccin respiratoire universel ?






À propos de l'auteure
 – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023  
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.

Source(s) :
Wilson DM, et al. Rapid detection of bacterial infections using 13C-labeled metabolic breath tests. ACS Cent Sci. 2026;12(3):e5c01995. doi:10.1021/acscentsci.5c01995 ;

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