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27/03/2026

Hépatoblastome : une stratégie combinée pour cibler les formes résistantes

Gastro-entérologie et Hépatologie

Par Elodie Vaz | Publié le 27 mars 2026 | 4 min de lecture

L’hépatoblastome constitue le cancer du foie le plus fréquent chez l’enfant. Bien que le traitement standard combinant chimiothérapie et chirurgie permette aujourd’hui de guérir environ 80 % des patients, certaines formes restent particulièrement agressives. Ces tumeurs se caractérisent par une prolifération rapide et une résistance aux traitements conventionnels, laissant les cliniciens démunis face aux cas de mauvais pronostic.

Dans ce contexte, une équipe de l’Inserm et de l’université de Bordeaux, dirigée par Christophe Grosset à l’Institut d’oncologie de Bordeaux, a exploré une nouvelle stratégie thérapeutique publiée dans Springer Nature le 26 février. L’objectif : éliminer les cellules tumorales résistantes en combinant un inhibiteur d’EZH2 (une protéine impliquée dans la régulation épigénétique) avec des statines, des médicaments habituellement prescrits contre l’hypercholestérolémie.




Une approche combinatoire fondée sur la biologie tumorale





Le rationnel de cette stratégie repose sur deux mécanismes complémentaires. D’une part, EZH2 agit sur la chromatine en modifiant l’organisation de l’ADN. Comme l’explique Christophe Grosset, auteur de l’étude : « elle ajoute une minuscule “étiquette chimique”, le groupement méthyle, sur une protéine nommée histone H3, autour de laquelle l’ADN est enroulé. Cette modification change l’organisation de la chromatine en la compactant et empêche l’expression de certains gènes, notamment les gènes suppresseurs de tumeurs, qui jouent normalement un rôle de frein dans le développement du cancer ».

D’autre part, les statines ciblent le métabolisme cellulaire. « Elles bloquent la production de mévalonate, une molécule que les cellules utilisent pour se développer, survivre et se déplacer. En réduisant la quantité de mévalonate, les statines freinent la croissance et la migration des cellules cancéreuses, augmentent leur sensibilité à la chimiothérapie et peuvent aider le système immunitaire à mieux se débarrasser de la tumeur », ajoute-t-il.





Des résultats probants dans des modèles précliniques






Les chercheurs ont d’abord montré que la protéine EZH2 est surexprimée dans les hépatoblastomes les plus agressifs, confirmant son rôle potentiel dans la progression tumorale. Ils ont ensuite testé leur approche sur des modèles murins de la maladie.

« Couplé aux statines, notre inhibiteur d’EZH2 a détruit efficacement les cellules cancéreuses et bloqué la croissance de tumeurs chez les souris », rapporte Christophe Grosset. Cette efficacité a également été observée in vitro sur d’autres types de cancers, notamment des cellules d’ostéosarcome et de cancer du poumon.




Une piste prometteuse à confirmer chez l’humain





Ces données précliniques ouvrent la voie à de nouvelles perspectives thérapeutiques pour les formes les plus agressives d’hépatoblastome. Elles s’inscrivent dans une dynamique plus large de recherche autour des inhibiteurs d’EZH2, déjà explorés dans plusieurs cancers.

Comme le souligne Christophe Grosset : « depuis l’approbation, en 2020 aux États-Unis, du premier traitement anti-EZH2 contre le sarcome épithélioïde, une tumeur rare et agressive des tissus mous, de nombreuses études sont en cours dans le monde pour évaluer l’efficacité de cette stratégie thérapeutique contre d’autres cancers ».

« Nos résultats chez la souris suggèrent que la combinaison de cet inhibiteur d’EZH2 aux statines pourrait être prometteuse pour les hépatoblastomes les plus agressifs. Mais des travaux complémentaires préalables seront nécessaires pour confirmer son efficacité et sa sécurité chez l’humain ».





Vers une médecine plus ciblée en oncologie pédiatrique






Au-delà de l’hépatoblastome, cette étude illustre l’intérêt croissant des approches combinatoires ciblant à la fois les mécanismes épigénétiques et métaboliques des cellules tumorales. Elle souligne également le potentiel de repositionnement de médicaments existants, comme les statines, en oncologie.

Si les résultats se confirment en clinique, cette stratégie pourrait enrichir l’arsenal thérapeutique contre les cancers pédiatriques résistants. Une avancée d’autant plus attendue que les options restent limitées pour ces patients, et que l’innovation en oncologie pédiatrique constitue un enjeu majeur de santé publique.



                  À lire également : 
Foie, sucre et pilules : qui mène le jeu ?





À propos de l'auteure
 – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023  
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.

Source(s) :
Grosset C, et al. EZH2 is a key prognostic marker and therapeutic target in aggressive and proliferative hepatoblastoma. Molecular Cancer. 2025; doi:10.1186/s12943-025-02474-9. ; Inserm. Une nouvelle piste thérapeutique contre l’hépatoblastome, principal cancer du foie chez l’enfant [Internet]. 2026 [cited 2026 Mar 27]. ;

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